jeudi, 07 février 2019 13:24

Séance publique : j'interroge le ministre de la Transition Ecologique et Solidaire sur le projet Montagne d'Or

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Je suis intervenue ce matin dans l'hémicycle lors d'un débat sur le projet Montagne d'Or en Guyane.

Mme Frédérique TUFFNELL : Sans revenir sur la démesure des chiffres, il faut quand même garder à l’esprit l’ampleur du projet : une fosse de 2,5 kilomètres de long et de 400 mètres de large, sur une surface de 1 500 hectares de forêt primaire où évoluent plus de 2 000 espèces animales et végétales, dont de nombreuses espèces protégées. Au regard de ces éléments, on prend bien la mesure des risques que la Montagne d’or fait courir aux populations locales, à leur santé, à la ressource en eau et à la biodiversité.

Pour ce qui est des risques liés à l’utilisation du cyanure, la pollution des nappes phréatiques et les conséquences désastreuses sur le vivant seraient une réalité qui pourrait affecter la Guyane pour les décennies à venir. Si ce territoire bénéficie actuellement de ressources naturelles exceptionnelles, notamment l’eau et le bois, et présente une biodiversité parmi les mieux préservées au monde, il fait face à un taux de chômage de 22 %, dont 46 % chez les jeunes : la Guyane a donc désespérément besoin de solutions.

Monsieur le ministre d’État, je vous ai entendu, mais j’insiste : pensez-vous qu’il soit utopique d’envisager un autre projet, plus respectueux de l’environnement et de sa diversité biologique, dans l’esprit du principe « éviter, réduire, compenser » ? Un projet plus vertueux, qui prévoirait l’utilisation du thiosulfate de sodium comme alternative au cyanure ? Un projet également plus ambitieux, qui préfigurerait la structuration d’une filière aurifère pourvoyeuse d’emploi et de richesse pour la Guyane et qui permettrait de lutter contre le fléau du mercure et de l’orpaillage illégal ?

Dans tous les cas, l’investissement dans l’industrie extractive ne doit pas limiter le développement de filières locales durables à forte valeur ajoutée comme celles du bois, des énergies renouvelables, de l’agriculture et de l’aquaculture durables, ou encore de l’économie sociale et solidaire. Il est de notre responsabilité d’explorer ces pistes en concertation avec les Guyanais, pour un avenir durable de la Guyane.

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre d’État.

M. François de Rugy, ministre d’État. Madame la députée, je profite de cette occasion pour saluer votre engagement et le travail que vous accomplissez sur la biodiversité en général et les zones humides en particulier – ce que vous appelez les « terres d’eau ». De ce point de vue, la Guyane est évidemment un territoire présentant un intérêt particulier en raison de la richesse exceptionnelle de la forêt amazonienne, notamment en termes de biodiversité – ce qui, en contrepartie, impose des contraintes extrêmement fortes à toute activité humaine pratiquée dans cet environnement.

Je suis d’accord avec vous pour considérer que, sur un tel territoire, il faut chercher à mettre en œuvre des activités qui profitent des ressources présentes sans les détruire, si possible dans le cadre d’une gestion durable. Je rappelle au passage que, pour ce qui est de l’or, certains modes d’exploitation actuels, qui ne sont pourtant pas industriels, occasionnent des dégâts considérables à l’environnement : les terrains sont déforestés, et surtout la forêt n’y repousse pas. Si ce n’est pas ce dont nous parlons aujourd’hui, c’est un sujet majeur qu’il faudra traiter.

Comme vous l’avez dit, différents rapports ont mis en évidence le potentiel représenté par les ressources disponibles en Guyane : je pense au bois, et à la biomasse en général. Nous travaillons, au sein du ministère de la transition écologique et solidaire mais aussi avec le ministère de l’outre-mer, afin de déterminer si une filière durable et respectueuse de la forêt pourrait permettre d’exploiter ces ressources, notamment pour la production d’énergie – une démarche qui aurait d’ailleurs vocation à s’appliquer à d’autres territoires d’outre-mer français, notamment dans les Antilles. Enfin, la question de la pêche doit également être posée, les acteurs de la filière reconnaissant eux-mêmes que l’organisation de cette filière en Guyane est loin d’être optimale.

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Lu 258 fois Dernière modification le mardi, 16 avril 2019 19:58

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