vendredi, 14 janvier 2022 17:00

Point sur le passe sanitaire au 14 janvier 2022 à 17 heures

Point sur le passe sanitaire au 14 janvier 2022 à 17 heures Source : Portail vidéo de l'Assemblée nationale - https://videos.assemblee-nationale.fr/video.11745568_61e1800647639.1ere-seance--renforcer-les-outils-de-gestion-de-la-crise-sanitaire-nouvelle-lecture-14-janvier-2022

Vendredi 14 Janvier 2022

Quelle est la situation de notre pays moins de six mois après la mise en place du pass sanitaire ?

Aujourd’hui, le suivi quotidien détaillé des contaminations et des patients en réanimation est éloquent : les vaccinés avec rappel ont 10 fois moins de risques d’être infectés par le Covid que les non-vaccinés (1107/102), et 50 fois moins de risques de se retrouver en réanimation (183/4).

Nous comptons 30,02 millions de personnes vaccinées en France, et  24500 hospitalisations Covid, dont 8 000 personnes vaccinées. Si tout le monde était vacciné, ce nombre chuterait à 9000 ; mais surtout, si personne n’était vacciné, ce nombre serait de… plus de 100 000 !

Si le variant Omicron s’annonce effectivement moins agressif (mais beaucoup plus contagieux), il n’est pas le seul à circuler, d’une part, et, d’autre part, nous avons encore peu de recul pour baisser la garde dès maintenant. Il semble que le « plateau » ne sera atteint que dans quelques semaines.

L’objectif du passe vaccinal est d’éviter de bloquer le pays à nouveau. Il est important de rappeler que le passe sanitaire, qui suscitait il y a moins de six mois des doutes lors de sa mise en place, a fait la preuve d’une efficacité certaine : jusqu’ici, la politique publique menée par la France nous a permis d’éviter de mettre sous cloche tout le pays, en particulier les écoles, contrairement à d’autres pays.

En Allemagne, où les écoles ont été fermées de longs mois, nous ne mesurons pas encore les conséquences psychologiques de ces décisions sur les enfants ; en République tchèque, cinq ministres de la Santé se sont succédés depuis le début de la pandémie ; la Roumanie a connu récemment des semaines à plus de 400 morts par jour en moyenne ; en Bulgarie enfin, moins de 30 % de la population est aujourd’hui vaccinée et le pays doit s’attendre à des nouvelles vagues épidémiques violentes et meurtrières.

Le projet de loi renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire fait-il peser une contrainte sur les citoyens français ?

Oui, il y a contrainte. Mais, comme dans de nombreux domaines de la vie sociale (entreprises, crèches, colonies de vacances, clubs sportifs…), et dans une circonstance mondiale exceptionnelle – nous vivons une pandémie historique, qui a arrêté le monde pendant plusieurs semaines, et continue dans un grand nombre de régions. La contrainte n’est pas anticonstitutionnelle tant qu’elle reste proportionnée et adaptée et vise un objectif de santé publique. Ces contraintes liées à la pandémie sont limitées par la loi dans le temps, elles ne pourront aller au-delà du 31 juillet 2022.

Enfin, contrairement à ce que j’ai pu entendre ou lire, le texte ne prévoit pas la présentation d’un passe vaccinal pour l’accès aux hôpitaux, aux cliniques, aux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et aux maisons de retraite. Dans ces cas précis, seul le passe sanitaire s’applique. Les députés ont également voté (à l’unanimité) un amendement porté par mon groupe Modem excluant du passe vaccinal les activités périscolaires et extra-scolaires des mineurs de 12 à 16 ans.

Ce projet de loi risque-t-il de marquer l’avènement d’une société de surveillance de type orwellien, sommes-nous dans une dictature vaccinale ?

Non, l’avènement éventuel d’une société de surveillance, risque réel au XXIème siècle, n’a pas besoin d’un passe sanitaire pour nous menacer. Nos téléphones portables, la consultation des cartes et des GPS, les mails que nous échangeons, les adresses mails que certains récupèrent sans autorisation, les algorithmes des moteurs de recherches et les cookies, sont de bien plus sérieuses menaces ‘orwelliennes’ qu’un passe vaccinal !

Aujourd’hui, nous pouvons obtenir notre passe (dont les données sont anonymisées) même si l’on n’est absolument pas connecté, et même en format papier, ce qui montre à nouveau que le passe n’est pas forcément connecté ou numérisé et qu’il n’est certainement pas un outil de surveillance électronique. Il est erroné dès lors de dire qu’il y a, dans ce texte, des atteintes graves aux libertés fondamentales. Notre pays démocrate impose des contraintes.

Que disent les choix sanitaires de la France de notre conception de la liberté républicaine et de la justice sociale ?

La France est le seul pays où les enfants vont à l’école quasiment sans fermeture et mise à distance depuis la rentrée 2020 (et même mai 2020). Certains pays voisins ont connu, et connaissent encore, des dizaines et des dizaines de semaines sans école. Cet éloignement de l’école est-il plus préjudiciable pour nos concitoyens aisés, ou pour nos concitoyens les plus pauvres ? Le soutien du chômage partiel a-t-il aidé les plus riches, ou les plus pauvres ? Ce sont les plus riches, ou les plus pauvres qui peuvent se « payer » le passe sanitaire à coup de tests à répétition ?

Les vaccins contre le covid-19 rendent-ils la transmission du virus impossible ?

Non, et nous le savons depuis le début de la pandémie.

Cela signifie-t-il que le vaccin n’a aucun effet sur l’épidémie ? Bien sûr que non. Les épidémiologistes, dès le début de l’épidémie, ont indiqué en gros qu’un vaccin efficace à 60 % et diffusé à 60 % commençait à ralentir une épidémie dans le groupe concerné. Et donc, un vaccin efficace à 60 % ne va sans doute protéger que 40 % des personnes qui le prennent, mais pourra commencer à arrêter la diffusion.

Nous avons un vaccin efficace à plus de 80 %. Si aujourd’hui notre vie sociale fonctionne à peu près correctement en France, et en particulier les écoles, depuis une année scolaire et demie, c’est parce que notre taux de vaccination est l’un des meilleurs. Vacciner en masse est une décision basée sur des données épidémiologiques, non pas pour guérir plus ou moins bien les individus ou pour protéger chacun à 100 %, mais pour arrêter le feu de broussaille. A terme, cela endigue l’épidémie et évite les blocages de nos hôpitaux et le confinement que nous avons connus pendant les premières semaines de l’épidémie.

Pour éloigner quelques fantasmes…

Les passes, sanitaire et vaccinal, sont-ils « illégaux » ?

Le texte discuté actuellement, proposant la transformation du passe sanitaire en passe vaccinal, ne change rien à la contrainte éventuelle que constitue le passe (c’est-à-dire « quand dois-je le présenter ? »), mais à son contenu (« quelles sont les conditions pour l’obtenir ? »).

De plus, en France, il revient à des instances indépendantes de vérifier la légalité d’un texte. Ce point reste pour moi, un sujet non réglé.

Comment réagir face à un possible plateau et décrue des contaminations que l’on semble observer depuis 2 jours ?

Le Sénat a proposé qu’à partir de 10 000 hospitalisations nous pourrions imaginer un dispositif d’exception dans le but d’y recourir le moins possible, mais qui n’est pour visée de s’appliquer au seul variant Omicron.

Car depuis le début de la crise, on a trop souvent commis l’erreur de raisonner à situation constante et instantanée sans anticiper , il y aura certainement d’autres variants avant la fin de la crise, ce passe vaccinal doit l’intégrer et être mobilisable si et seulement si la situation le justifie à l’avenir. C’est tout l’objet des discussions en cours à l’Assemblée.

Le Parlement est-il écarté des débats ?

Oui et Non.

Comme depuis le début de la crise sanitaire, notre Parlement discute, amende et vote les textes de loi. Douze textes ont été débattus et votés sur ce sujet depuis le début de la pandémie, en mars 2020. Le parlement est en train de débattre une nouvelle fois de ce projet de loi. Il sera obligatoirement à nouveau consulté le 15 février et le 15 mai prochains (clause de revoyure imposée par le parlement). Les mesures exceptionnelles s’arrêteront TOUTES au 31 juillet 2022 (elles ne pourraient être prolongées que par une nouvelle loi).

Les conditions d’examen de ce texte est par contre discutable. Les rappels au règlement, les suspensions de séance continuent et entravent le travail parlementaire. Ce texte restera je pense le pire exemple de prises d’otages politiciennes.

Alors à ceux et celles qui m’imposent de ne pas voter ce texte, je veux leur dire que je ne réponds pas à des injonctions, car ma décision dépendra encore des discussions en cours à l’Assemblée et du retour du Sénat.

Je voterai en conscience, dans l’intérêt de tous. Mais je souhaite de tout cœur que nous retrouvions notre fraternité et des discussions constructives.

En démocratie, chacun est libre de se faire vacciner ou pas, mais chacun doit aussi se conformer aux règles qui régissent la vie en société.

L’essentiel, à mes yeux, reste que nous puissions retrouver notre vie d’avant, la vie la plus normale possible dans les semaines et les mois qui viennent.

Recevez, Madame, Monsieur, mes très cordiales salutations.

Frédérique Tuffnell


Informations complémentaires :
(source : https://www.gouvernement.fr/pass-sanitaire-et-dose-de-rappel-ce-qui-change-au-15-janvier)

Dans quel délai faut-il faire le rappel pour continuer à avoir un certificat de vaccination valide dans le « pass sanitaire » ?

Si vous avez plus de 18 ans, vous êtes éligibles au rappel vaccinal dès trois mois après votre dernière injection ou infection. Aussi :

  • si vous avez reçu 2 doses de vaccin, vous devez faire votre rappel au plus tard 7 mois après votre deuxième injection ;
  • si vous avez eu le Covid-19 et ensuite reçu une seule dose de vaccin (AstreZeneca, Pfizer, Moderna), vous devez faire votre rappel au plus tard 7 mois après votre injection ;
  • si vous avez reçu une dose de vaccin et que vous avez eu le Covid-19 plus de 15 jours après l’injection, vous devez faire votre rappel au plus tard 6 mois après votre infection ;
  • si vous avez eu le Covid-19 et reçu une dose de Janssen après votre infection, vous devez faire votre rappel au plus tard 2 mois après votre injection ;
  • si vous n'êtes pas encore éligible à la dose de rappel, votre certificat de vaccination de schéma vaccinal initial (monodose ou deux doses) reste valide.

À partir du 15 février 2022, le délai de validité du certificat de vaccination sans injection de rappel passera à 4 mois au lieu de 7 mois.