vendredi, 08 juin 2018 09:30

Ouverture des Universités de la Biodiversité par Frédérique TUFFNELL

Lancement des Universités de la Biodiversité


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Madame la Ministre, Mesdames Messieurs les Parlementaires, Mesdames Messieurs les élus, Mesdames Messieurs, Chers Amis,

Je suis heureuse d’ouvrir avec vous ce matin les premières Universités de la Biodiversité à Rochefort.

Et je voudrais remercier la présence de Madame Delphine Batho ancienne Ministre de l’Ecologie, Mme Stéphanie Antoine, Directrice adjointe de l’AFB, qui représente M. Aubel Directeur Général de la l’Agence Française de la Biodiversité, M. Hervé Blanché Maire de Rochefort, à qui je remercie de m’avoir réservé le Palais des Congrès, à M. Lionel Quillet Vice-Président du Conseil Départemental, à Brigitte Desveaux Vice-Présidente de la Communauté d’agglomération de la Rochelle, et à Dominique Chevillon Président du CESER Nouvelle Aquitaine, pour leur présence à cette ouverture.

Avant de leur passer la parole pour une table ronde animée par mon attaché parlementaire Damien Kitmacher, je veux vous expliquer pour quelles raisons j’ai voulu ces Universités :

Depuis maintenant 1 an, je suis co-rapporteure de l’évaluation de l’application de la loi du 8 aout 2016 sur la reconquête de la biodiversité, et à ce titre j’ai auditionné avec ma collègue Nathalie Bassire un nombre important d’opérateurs engagés dans la biodiversité, et nos conclusions critiques seront rendues publiques le 20 juin prochain après validation par la commission développement durable de l’AN.

Et au fil de ces auditions, j’ai relevé les défis majeurs de reconquête de la biodiversité et de la qualité de l’eau dans un contexte de changement climatique, et j’ai réalisé l’importance de la préservation de la biodiversité pour la préservation de l’humanité. Car la Biodiversité nous concerne au premier chef, parce que la Biodiversité c’est nous. Nous et tout ce qui vit sur terre, dans les espaces aquatiques ou terrestre, aériens ou souterrains, à coté de nous.

Comme le dit Nicolas Hulot : « La nature nous parle mais nous ne l’écoutons pas ! ». Mais pourtant elle nous lance un SOS. Ce vivant qui nous a précédé depuis 4,5 milliards d’années, est en train de disparaitre comme le sable dans la main.

C’est une faute morale, d’où les excès de colère de notre Ministre. Nous nous accommodons des abeilles qui se font rares, du silence des oiseaux qu’aucune économie mondiale ne pourrait compenser, des insectes décimés par millions par les pesticides, et le silence du grand rhinocéros blanc d’Afrique du nord qui vient de disparaitre et que nos enfants ne verront que sur leurs tablettes.
Nous assistons en spectateur informé à la 6ième extinction de masse, celle de la Biodiversité.

Un philosophe disait : « Je déplore que le sort de l’humanité soit dans de si mauvaises mains que les siennes ».  Nous nous accommodons trop souvent avec la gravité.

Dans un rapport de l’IPBES, qui est le GIEC de la Biodiversité, il disait qu’au cours du siècle suivant, 30 à 40 % du vivant pourra avoir disparu de la surface de la planète. Et on place cette information au même niveau que les affaires courantes. Et nous assistons à des situations inimaginables : un continent de plastique sur des océans, une terre avec des substrats inertes où rien ne peut pousser, des femmes chinoises qui pollinisent à la main des champs, aux Etats-Unis des drones pollinisateurs alors que la nature nous offre tout cela gratuitement et nous en avons tant besoin pour vivre.

Pourquoi est-ce si important ? parce que préservez les espèces animales, végétales, les services éco systémiques qu’ils nous apportent c’est préserver notre avenir.

Nous sommes une espèce comme une autre soumise à notre environnement et l’enjeu devient celui de notre adaptation à ce système.

Bien que notre société soit en mouvement depuis des années à la recherche d’une croissance infinie, nous regardons cela avec un œil détaché, car l’érosion de la biodiversité est invisible mais des acteurs institutionnels, des chercheurs, des enseignants, des scientifiques, des associations protectrices de l’environnement, des ONG, des élus locaux ont conscience de ces enjeux, mais bien souvent ces sujets restent des sujets d’experts.

Alors j’ai souhaité ouvrir ces questions à la société civile, à vous mes amis, aux familles, aux étudiants aux enfants, à vous tous, pour qu’une prise de conscience collective s’inscrive dans nos modes de consommation, d’habillement, à la façon d’envisager l’artificialisation des sols, à la sauvegarde de notre nature, des espèces animales, végétales et permettre enfin, qu’on se questionne sur ce que l’on appelle la biodiversité « ordinaire ».  Et que cela est devienne une évidence.

Châteaubriand disait : « Les forêts précédents les hommes et les déserts les suivent ».

Pour ne pas oublier d’où nous venons, pour ne nier cette communauté d’origine avec le vivant, je vous propose de vous interroger sur les services rendus par la nature pour ne plus la sacrifier. Ce que l’homme a défait nous devrions être capable de le refaire, oui mais pas quand il y a disparition d’espèces bien que la nature nous surprenne dans sa capacité de résilience aussi.

Il ne s’agit pas, de ne plus consommer, de ne plus construire, de ne plus semer, de ne plus pêcher, il s’agit de vivre mieux avec la nature en la respectant et en lui rendant vie pour mieux interagir avec elle. On voit que lorsque la B revient, l’économie revit. A partir du moment où l’on prend soin de la nature, les espèces reviennent.  L’économie ne peut rester à l’écart de ces enjeux et doit pouvoir en tirer des bénéfices. Et c’est souvent le cas.

On ne peut limiter la biodiversité à l’économie, car la biodiversité c’est aussi la contemplation, la nature les paysage, mais aussi la biodiversité on peut la boire, on peut la manger et c’est une partie de notre patrimoine

Victor Hugo a dit : « La maison brûle mais nous regardons ailleurs… », alors ne brisons plus la boite à outils de la nature qui détient déjà toutes les clés.

C’est ainsi que nous vous proposons, avec mon équipe, de vous plonger dans la Biodiversité des ateliers sur 1 journée ½, mais il est certain que nous n’aborderons pas tous les sujets.
Ce matin nous proposons plusieurs ateliers animés par des experts, sur l’urbanisme et la biodiversité, un atelier de la LPO sur l’urgence à agir face à la détérioration des espèces, un atelier sur la protection du littoral, un atelier sur le rôle des crues dans l’écosystème et la création de frayères à brochets. Nous avons aussi la visite d’une visite d’une exploitation agricole, d’une ferme d’élevage. Et un atelier sur la sensibilisation du grand public aux enjeux de la régulation des moustiques en zones humides.
Nous aurons cet après-midi, un atelier avec le Parlement des enfants tenu par une classe de l’éco école d’Aytré et nous parlerons de la mer et des pertuis charentais et la qualité des eaux, et enfin un atelier sur la sensibilisation à la diversité des habitats des fonds marins et des aires marines protégées.
Enfin demain nous aurons 4 ateliers sur l’océan et la biodiversité, les impacts des activités humaines ; le rôle des zones humides ; la question des déchets et son impact de notre consommation sur l’environnement.

Vous l’avez compris, la biodiversité, c’est l’ensemble des relations établies entre les divers êtres vivants et entre ceux-ci et leur environnement. Elle a aussi été définie comme étant toute l’information génétique contenue dans chaque unité élémentaire de diversité : un individu, une espèce, une population ou un écosystème « Mais, la biodiversité est entrée dans une phase d’érosion beaucoup trop forte, en fait depuis une époque très récente de l’histoire de la Terre », celle dénommée par le Prix Nobel de chimie de 1995, Crutzen, « l’anthropocène ».

Nous terminerons donc samedi après-midi par une table ronde sur l’Humanité et la Biodiversité animée par Rémi Letrou, professeur de philosophie, sur les « Perspectives et l’avenir de la Biodiversité ». Vous êtes invités à y participer.

Pour terminer, je souhaite que ces Universités soient une opportunité pour nous tous, pour échanger, proposer et surtout, surtout prendre conscience que nous ne devons plus sacrifier notre futur.

Je vous remercie et je souhaite du plaisir à la découverte de nos ateliers.

Frédérique TUFFNELL
Députée de la 2ème circonscription de Charente-Maritime