vendredi, 10 avril 2020 06:00

Edito : Depuis une semaine, un sujet qui revient en force est celui du « Traçage » ou « Tracking »...

Edito : Depuis une semaine, un sujet qui revient en force est celui du « Traçage » ou « Tracking »... Source : freepik.com image libre de droit

Depuis une semaine, un sujet revient en force est celui du « Traçage » ou « Tracking ».

En effet une proposition de loi déposée par Julien Aubert…. Jean Marie Sermier et 5 autres députés veulent proposer via un smartphone, de procéder à la géolocalisation des déplacements de la majorité des français, pour la prévention des risques épidémiologiques.

Et le gouvernement de son côté, réfléchit à un traçage numérique des français sur la base du volontariat pour lutter contre le covid-19.

De quoi s’agit-il ? C’est la possibilité, en suivant votre portable, de savoir qui vous avez rencontré, où et combien de temps ?

Si l’objectif est bien de vous géolocaliser et de savoir qui vous avez rencontré et de permettre de retrouver toutes les personnes qui pourraient être en contact avec une personne contaminée afin de les avertir du risque de contamination…. Cela pose un sacré problème en matière de libertés. Je vous livre mon opinion.

Les pays tels que la Corée du sud, Hong Kong, Singapour ou Taiwan, ont fait des tests à grande échelle et sont en voie de généralisation, voire d’imposition de ces mesures.

Pour autant, devons-nous nous engager dans cette voie ? Certes non !

Derrière ce mot de Traçage, il y a une technologie, et derrière cette technologie un débat éthique : le fameux débat de l’équilibre entre la sécurité et la liberté.

La France est un pays de liberté, et le respect de la vie privée, le droit d’aller et venir est inscrit à l’article 2 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen. La directive européenne e-privacy de 2002 indique quant à elle, que l’exploitation ou la diffusion de données de géolocalisation doit se faire de manière libre et éclairée avec le consentement express et non tacite.

Ne perdons pas de vue les fondamentaux de notre démocratie, et surtout n’oublions pas qu’un parti populiste, liberticide voire xénophobe pourrait demain arriver démocratiquement au pouvoir comme ce fut le cas en Allemagne en 33 et utiliser cette technologie pour contrôler, surveiller la population.

Ce serait contrevenir à des principes fondamentaux, qui permettront d’ouvrir d’autres débats et de justifier d’autres pratiques par de futurs gouvernements beaucoup moins intentionnés. C’est le même sujet qu’avec la loi anticasseurs, les populistes auront beau jeu de dire que ces sont les députés actuels qui ont fait entrer dans le droit la possibilité pour les préfets de restreindre préventivement les libertés individuelles, plutôt que de les laisser aux juges indépendants.

Ce traçage est incompatible avec la protection des données personnelles et si cette proposition de loi était adoptée elle serait un recul considérable de la France en matière de liberté. Ce n’est ni dans notre culture, ni dans la culture Européenne.

Par contre, le confinement qui est une mesure de restriction collective sanitaire est acceptable et acceptée par tous.

Mais, La défense des libertés doit toujours être intensifiée. Le Tracking serait l’échec de notre démocratie libérale.

C’est la raison pour laquelle j’ai cosignée la tribune publiée dans le Figaro du 8 avril 2020 intitulé « nous avons besoin d’un dépistage massif, pas d’un pistage massif ».