lundi, 08 novembre 2021 07:37

Edito #60 : L'avenir de la planète

Edito #60 : L'avenir de la planète Image libre de droit Pixabay

En ce lundi de novembre, je suis triste pour l’avenir de la planète ;

Cette mélancolie je la dois à plusieurs évènements.

Alors que la COP 26 se tient dans un contexte de pandémie mondiale et d’urgences climatiques et de biodiversité en phase d’aggravation. La  Convention de Londres sur la protection des phoques et celle de Canberra relative à la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) qui se réunissait ces jours-ci pour étudier le classement de la plus grande aire marine protégée au monde, a échoué dans ses négociations. les Russes et les Chinois viennent de refuser ce classement.

Cela doit nous alerter sur notre capacité à comprendre les grands équilibres de la planète.

Le refus de la Chine et de la Russie de créer deux aires marines protégées l’une dans la mer de Weddel et la seconde au Sud ne peut que nous interroger sur notre capacité à agir.

Rappelons que le Protocole de Madrid, signé lui en 1991, est entré en vigueur le 14 janvier 1998. Il s’agissait de la première fois où l’Antarctique est désigné comme partie du patrimoine mondial de l’Humanité, comme constituant une réserve naturelle interdite à toute activité humaine autre que le tourisme et la recherche scientifique, avec toutefois un bémol s’agissant de la pêche qui, à défaut d’y être totalement interdite, est possible mais très encadrée. Il concerne la protection globale de l’environnement en Antarctique mais, au‑delà du continent blanc, vaut aussi pour les écosystèmes dépendants et associés. Sa transposition en droit français en vue de se doter d’outils réglementaires d’application date du 15 avril 2003.

Cet inventaire ne serait pas complet sans mentionner un texte signé en 1988 dont l’importance pour l’Antarctique brille du fait de n’être jamais entré en vigueur à ce jour. Il s’agit de la Convention de Wellington. Donnant acte aux revendications de nombreuses ONG qui avaient mobilisé l’opinion publique, le rôle du Premier ministre français Michel Rocard et de son homologue australien, Robert Hawke, a été décisif. Tous deux se sont en effet fermement opposés à la ratification de ce texte relatif à l’exploitation minière en Antarctique qui contenait de potentielles sources de grave régression de la protection de cette zone. Ce combat pour la préservation de l’Antarctique, Michel Rocard devait d’ailleurs le poursuivre avec ferveur et exemplarité, quelques années plus tard, cette fois en tant que premier Ambassadeur français des pôles, un poste créé pour lui.  Et je crois aujourd’hui au travail remarquable de notre ambassadeur des pôles Olivier Poivre d’Arvor.

N'oublions pas que l’explorateur Jean‑Baptiste Charcot décrivait l’Antarctique comme « le sanctuaire des sanctuaires, où la nature se révèle en sa formidable puissance », pour Jean‑Louis Etienne, « l’Antarctique a cette force d’attraction de choses inaccessibles qui appellent l’Homme à s’engager avec passion ».

De fait, si l’Antarctique est, certes, plutôt encore sanctuarisé, au moins pour un temps, par le protocole de Madrid de 1991, qui a ouvert une période de 50 ans d’exclusion de toute exploitation commerciale de ses ressources ou de son utilisation à des fins militaires, de multiples velléités d’ordre économique ou géopolitique anticipent l’approche du butoir de 2041, date de sa révision, dans l’espoir de lever ce niveau élevé de protection.

Si le réchauffement climatique, renforce l’intérêt de préserver cette région du globe qui, au‑delà du seul continent Antarctique doit être appréhendée à l’échelle plus large de tout l’océan austral, en raison des fonctions de résilience dont elle nous fait bénéficier et de son rôle central dans l’équilibre climatique mondial, malheureusement, il constitue aussi une menace directe pour elle. 

En effet, l’océan Austral qui s’étend sur plus de 20 millions de km2 absorbe près de 75 % de la chaleur excédentaire stockée par l’océan global et séquestre +/‑ 35 % du CO2 en surplus dans l’atmosphère

C’est donc le principal accumulateur de chaleur et puits de carbone de la planète, il joue un rôle fondamental dans la production d’oxygène, sa protection s’avère donc être un maillon clef dans la lutte contre le changement climatique.

Cependant la très récente étude « présent et futur des précipitations en Antarctique » publiée dans le Journal Géophysical Research Letters (GRL) fait état de prévisions tendant à l’augmentation des pluies en Antarctique qui aurait des conséquences catastrophiques, notamment sur le succès de la reproduction des oiseaux nichant sur le continent, notamment des manchots.

Ainsi si nos émissions de GES perdurent à des niveaux élevés, dans 80 ans les précipitations pourront augmenter jusqu’à 240 % en Antarctique. La fonte des calottes glaciaires serait alors inéluctable et l’élévation du niveau de la mer conséquente.

Est-ce ce que nous voulons ?  J’avais déposé avec mon groupe MODEM une Proposition de Résolution invitant le gouvernement à agir envers la création de ces deux aires marines protégées.

Cette proposition n’a jamais été inscrite à l’agenda l’assemblée nationale pour y être adoptée. Le prétexte que l’on m’a annoncé est celui d’un encombrement législatif tout en me garantissant en même temps l’engagement du gouvernement. Mais tout engagement du parlement français comme celui de l’Europe avec la Proposition de Catherine Chabaud aurait permis d’appuyer la position de la France et aider notre Ambassadeur. 

Les relais médias ont été pauvres.

Le krill continuera donc à être péché par milliers de tonnes chaque jour par les chinois qui en raffolent, le déséquilibre naturel de la chaine alimentaire du phytoplancton au krill jusqu’à la baleine, n’alarme personne.

Que le manchot Papou rejoigne le manchot Adélie n’interroge personne.

Je suis dans un brouillard dont je ne sors pas.

Après les échéances internationales, le congrès mondial de la nature, la COP 26 sur le climat à Glasgow, la CCAMLR et la future COP 15 à Kuming en Chine que nous reste t il ?

Des promesses, des mensonges. Les mensonges ont toujours été des passerelles pour ne faire mal à ceux qui les écoutent. Nous écoutons en spectateur informé (comme le disait Nicolas Hulot il y a 4 ans) et nous courrons à notre catastrophe dans l’équilibre de la planète au nom d’un multilatéralisme préoccupé par son cours de l’action en bourse.

Je quitterai bientôt le parlement avec le sentiment de n’avoir pas fait assez. Que tous les colibris s’unissent face à ces puissances qui nous entrainent vers le pillage et la  fin des ressources naturelles mondiales.

C’est la raison pour laquelle je crois uniquement que la connaissance servira l’homme. Il faut partager, former, informer, écrire, expliquer et commenter. Ce ne sont plus des sujets d’experts mais ouverts à tous, les jeunes et moins jeunes.

Je compte créer mon association « Les Universités de la Biodiversité » et ouvrir les yeux des français sur ces enjeux.

Il nous faut soutenir largement les solutions fondées sur la nature (SFN) dont j’ai été la première à inviter les ministres à les prendre en considération. C’est une des clés de la protection des écosystèmes. Comprendre leurs fonctionnements en raison de leurs multiples avantages tant pour l’atténuation des changements climatiques que pour l’adaptation.

L’UICN a largement promu ces SFN. Bien que représentant environ 30 % des mesures d’atténuation climatiques nécessaires, on estime que seulement environ 3 % des financements climatiques sont actuellement consacrés à des SFN. Le rapport Etat des financements pour la nature 2021 du PNUE estime que les investissements dans les SFN doivent au moins tripler en termes réels d’ici à 2030 et être multipliés par 4 d’ici à 2050 si le monde veut atteindre ses objectifs en matière de changements climatiques, de biodiversité et de dégradation des sols.

Les SFN ne doivent pas se substituer à la réduction ambitieuse des émissions de GES, ni à retarder l’élimination de l’utilisation des énergies fossiles. Elles sont un outil d’adaptation, d’anticipation et d’acceptabilité sociale dans le monde entier.

Le problème est dorénavant politique. Je déplore le peu de connaissances des politiques en la matière.  

Seuls les acteurs du territoire peuvent à côté des politiques convaincre.

La nature sacrifiée doit devenir la nature sacrée.