lundi, 17 septembre 2018 07:52

Conférence sur les enjeux climatiques de Pierre Larrouturou et Jean Jouzel

Conférence sur les enjeux climatiques
Du 11 septembre 2018
Invités : M. Pierre Larrouturou, M.Jean Jouzel

 

CONSTAT

L’année 2016 a été l’année la plus chaude depuis au moins un siècle. 2018 sera probablement la troisième année la plus chaude. On observe une intensification des événements extrêmes, notamment cet été. Pour autant, ces phénomènes ne surprennent pas les spécialistes, ils sont en adéquation avec les prévisions. Le niveau de la mer augmente d’environ 3 mm par an. Cela s’explique à la fois par la dilatation de l’océan et par la fonte des glaces. Si l’on continue à ce rythme, nous gagnerons entre 4 et 5 degrés d’ici la fin du siècle.

Les conséquences d’une telle augmentation seraient multiples :

  • Impacts sur la biodiversité
    Exemple de l’acidification de l’océan : aujourd’hui l’océan est 30% plus acide qu’il l’était au début du siècle dernier. Cette acidification a des conséquences sur la faune et la flore marine.

  • Intensification des événements extrêmes tels que les sécheresses, les inondations,...
  • Conséquences sur les populations : insécurité alimentaire, pénurie en eau, épidémies,... Même si l’on parvient à limiter le réchauffement à 2 degrés, les récoltes sur le continent africain vont baisser de 30% à 60%, alors que la population va doubler. Le réchauffement climatique va augmenter les inégalités. « Pour le milliard d’humains le plus riche, il y a aura toujours un endroit sur Terre où il fait bon vivre » Jean Jouzel.

  • Conséquences politiques : réfugiés climatiques, montée des populismes, instabilité politique. D’après la Banque Mondiale, il y aura plus de 140 millions de réfugiés climatiques d’ici 2050. C’est la paix mondiale qui est en jeu.

--> Si rien n’est fait, deux Européens sur trois seront affectés par des catastrophes climatiques d’ici 2100.

En France, les émissions de CO2 ont augmenté de 3% l’année dernière, alors que l’objectif est d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. En Europe, l’augmentation moyenne des émissions en CO2 s’élève à 1,8%.
Ce n’est pas inéluctable, certains pays européens ont réussi à baisser leurs émissions en CO2. Exemples : Finlande (-5,9%), Danemark (-5,8), Grande-Bretagne (-3,2),...
Depuis 1990, le nombre d’événements climatiques a été multiplié par 2,7. Ces catastrophes ont un coût pour les Etats (USA : 300 milliards en 1 an).

 

COMMENT AGIR ?

La situation est grave mais il est encore temps d’agir.

Il y a urgence car, lorsqu’un certain stade sera atteint, nous ne pourrons plus revenir en arrière. Des boucles de rétroaction se seront mises en mouvement et l’humain n’aura plus d’emprises sur le processus.

Exemples de boucles de rétroaction :

  • la fonte des glaces : le réchauffement fait fondre la glace, or la glace évacue la chaleur en reflétant la lumière blanche, la fonte des glaces accélère donc le réchauffement.

  • les feux de forêts : le réchauffement favorise les incendies, or les forêts permettent de stocker le CO2, les incendies sont donc à la fois la conséquence et la cause du réchauffement.

Il faut s’attaquer rationnellement aux sources d’émissions. D’où proviennent-elles ?

  • Transports : 26%
  • Industrie 20%
  • Agriculture 19%
  • Habitat 19%
  • Energie 13%
  • Déchets 3%

Si l’on maintient l’objectif de la neutralité carbone en 2050, cela implique que :

  • 100% de nos logements doivent être bien isolés
  • 100% de nos transports doivent être propres
  • 100% de notre agriculture doit être neutre en émissions Cela concerne aussi notre industrie, nos bureaux... Tous les pans de la société sont concernés.

Il va falloir diviser par deux notre consommation d’énergie et l’énergie consommée soit une énergie propre.

Cette transition peut être une opportunité en termes de création d’emplois. D’après l’ADEME, ce sont 900 000 emplois qui pourront être créés.

 

FINANCEMENT

Le principal frein à cette transition est la question du financement.

Les Etats ne peuvent pas, à eux seuls, supporter les coûts induits par ces transformations.

C’est pourquoi il faut réfléchir au niveau européen.

D’après la Cour des Comptes européenne, il faudrait 1 115 milliards d’euros pour que l’Europe puisse agir. Pour y parvenir, il faut privilégier une mixité des financements (publics et privés).

Ce chiffre peut paraître impressionnant mais, selon Pierre Larrouturou, il est envisageable. En effet, la BCE a déjà créé 2 500 milliards d’euros depuis mi-2015. Sur ces 2 500 milliards, environ 90% sont allés vers la spéculation.

Si la BCE crée à nouveau de la monnaie, elle devra aller au bon endroit, c’est-à-dire dans la création d’emplois.

13-14 décembre : prochain Sommet Européen. Moment très important, occasion de mettre à l’agenda européen la question du climat.

--> L’Europe peut prendre le leadership sur la question du changement climatique.

Il faudrait un vrai budget climat, comme nous en avons un pour l’éducation. Il s’élèverait à 100 milliards : 40 milliards seraient destinés à l’Afrique et la Méditerranée, 10 milliards pour la recherche, 50 milliards pour cofinancer le chantier européen.

 

POINTS DIVERS

Actions des autres Etats
Nous avons tort de penser que les pays européens ont davantage conscience du changement climatique que les pays situés sur les autres continents. En Chine et au Japon par exemple, on observe une véritable prise de conscience et des politiques publiques orientées en ce sens.

Piégeage du CO2
Le piégeage du CO2 est indispensable. Pour autant il pose aujourd’hui plusieurs problèmes. Premièrement des problèmes techniques : où le stocker ? par quels moyens ? Deuxièmement, il pose des problèmes financiers.

Nucléaire
Il faut avoir à l’esprit que le nucléaire ne fournit que 2% de l’énergie mondiale. Le cas de la France n’est pas représentatif. Le seul moyen pour que les énergies renouvelables se développent en France, c’est que le nucléaire lui laisse de la place.

Le coût du nucléaire augmente alors que celui des autres énergies baisse.


"Et si préserver notre climat était l’un des meilleurs moyens d’endiguer la prochaine crise financière ? Pour sauver les banques, on a mis 1 000 milliards. Pourquoi ne pas mettre 1 000 milliards pour sauver le climat ? Avec ce livre, le climatologue Jean Jouzel et l’économiste Pierre Larrouturou proposent un vrai Pacte finance-climat européen, pour diviser par 4 les émissions de CO2, dégonfler la bulle financière et créer plus de 5 millions d’emplois."


>>> en savoir plus sur le Pacte Finance Climat et signer l'appel

Lu 80 fois Dernière modification le mercredi, 17 octobre 2018 09:48